Aujourd’hui j’ai testé le barbier du quartier. Pas cher, désert, miteux, pour homme seulement, et le seul salon de coiffure que je connaisse qui en lieu et place des traditionnels Femme Actuelle, Beauté magasine, Bricolez votre maison, etc. propose un assortiment de magasines qui expliquent certainement les raisons de sa survie : Hustler, Playboy et d’autres titres que je ne connais pas parce que le titre n’est pas ce qui frappe sur les couvertures.
Et n’allez pas croire que j’ai eu le temps d’aller les feuilleter, vu que j’étais le seul je ne suis resté que quelques minutes dans l’échoppe de ce quasi retraité. J’ai dû subir durant ce temps le monologue incompréhensible et pénible d’un homme en manque de contact, tentant de rendre intéressant par une formulation romancée les trépidations historiques de ses ancêtre les Irlandais. Je déteste aller chez le coiffeur. Pourtant il le faut bien de temps en temps. C’est toujours là que me revient en pleine face le sordide constat que la culture, l’intelligence, la curiosité ne sont pas inné et que notre système scolaire semble bien peu efficace à transmettre ces qualités.
J’aurais pu rentrer dans son jeu dès le début et répondre à l’avalanche de ses questions. Mais je savais son intérêt purement poli, et quitte à jouer au jeu du psy, je préfère être le psy. Il ne m’a fallu lui poser que deux questions pour assister au dégeulis de son passé, salissure que je supporte bien plus que d’avoir à expliquer à quelqu’un de plus adulte que moi la teneur des études que je poursuis. Si je n’effectue pas ce retournement on en revient invariablement au scénario suivant :
Lui : Vous travaillez ?
Moi : Non.
Lui : Vous faites quoi ?
Moi : J‚étudie.
Lui : Vous étudiez en quoi ?
Moi : En muséologie (remarquez comme je donne l‚impression de vouloir m‚engager dans cette discussion).
Lui : …
Moi : Et avant je faisais de l‚ethnologie.
Lui : …
(long silence)
Lui : C‚est… intéressant !
Moi : Si vous le dites, vous avez l‚air de connaître, je me trompe ? (question que je pose par pur sadisme…)
Lui : Heuuu… Vous jouez de quel instrument ?
Moi : Heuuu (quel est le rapport ?) je faisais du trombone avant, mais j‚ai arrêté il y a de ça 4 ans.
Lui : Ha d‚accord. (ne comprenant plus rien, tentant de changer de sujet) Vous habitez ici depuis longtemps ?
Moi : Trois ans.
Lui : Et vous venez de où ? (prétendant n‚en avoir aucune idée)
Moi : De France.
Lui : De quel coin ?
Moi : Grenoble (mais qu‚est ce que ça peut lui foutre il ne connaîtra probablement pas !?)
Lui : Ha ok. C‚est proche de Paris ? (Il ne sait pas où c‚est.. bingo.)
Moi : Aussi proche que Québec l‚est de Ottawa.
Lui : Vous êtes déjà allé à Paris ?
Moi : Non. Vous êtes déjà allé à Ottawa ? (il va finir par comprendre ce con ?)
Lui : Heuuu.. Non en fait. (suivi souvent d’un gros rire niais) Vous allez retourner en France ?
…
Vous conter la suite serait délectable, mais le discours frise tellement l‚insulte que je ne réponds pas, ou alors j‚attaque. On revient toujours aux mêmes arguments. Qu‚est ce que je fais ici, pourquoi je suis pas „chez moi‰, etc.
La ségrégation, la connerie, et les discussions ineptes je les vis à chaque fois que je vais faire couper mes cheveux.




