Le statut du français au Québec, tout un paradoxe.
Me voilà revenu de Anapharm, les poches pleines d’un fric qui va transiter sous peu dans les caisses de l’Université afin de me permettre de régler mes dernières dettes. Je ne pensais pas qu’on pouvait s’endetter en étudiant. C’est le comble. On étudie pour pouvoir travailler. On commence à travailler pour rembourser ses dettes d’étudiant… Fallait-il vraiment que je vienne dans cette société ultra capitaliste de l’Amérique du Nord pour vivre ça ?
Autre chapitre. A vrai dire je devrais écrire un bouquin entier là dessus : le paradoxe québécois. Parce que les québécois sont pleins de paradoxes. Les québéboises aussi d’ailleurs. Les français aussi je vous rassure, mais je suis un assez mauvais observateur pour en juger. Ce “regard éloigné” si cher à l’ethnologie, je ne peux le porter que sur les habitants du Québec. Bref. Le stéréotype du français est très facile à dresser. Je le résumerai ici à ces mots si souvent entendus : chialeux (qui chiale donc…) et hautain (mais dans le sens de dédaigneux, pas de noble…).
Je m’intéresserai au second terme pour la démonstration de ce soir : hautain. ATTENTION : stéréotype… Parce que le français parle pointu, en prononçant toutes les syllabes, avec une intonation très typique, il est facilement reconnaissable. Il est de notoriété publique (ici) que la majorité des français savent tout, parlent fort et donnent beaucoup (trop ?) de leçons. Ils sont convaincus que les québécois sont de véritables paysans, que leur condition ne s’est pas améliorée depuis l’arrivée de leurs ancêtres, en témoigne leur inculture crasse et leur accent campagnard qui n’est pas sans rappeller quelque patois de France.
Si tout cela vous a fait rire, c’est que vous devez être français. Car ce sont les stéréotypes qui circulent ici à notre propos, et ceux ci sont parfois exprimés. Chacun de ces stéréotypes à fait l’objet d’une question qui m’a été posée par un Québécois “pur laine”.
Je ne vais pas détailler plus. Mon rire se fige généralement quand j’entends un début de stéréotype ou que mes interlocuteurs se réfèrent plus aux “on dits” pour apprécier ma compagnie qu’en apprenant véritablement à me connaitre. C’est aussi pénible pour moi d’écouter leurs conneries que pour un québécois de se faire demander par tout le monde lors d’un visite en France si c’est donc vrai que les ours se promènent dans les villes chez eux. C’est con comme question, non ? Croyez moi c’est aussi con que de penser que les français prennent les québécois pour des paysans.
Bref, beaucoup de parenthèses. Donc, nous sommes hautain, particulièrement en ce qui concerne le langage, et pourtant nous sommes mal placés pour faire la leçon nous qui disons parking au lieu de stationnement, shopping au lieu de magasinage… Malgré ces défauts on ne peut s’empêcher de regarder les québécois de haut et corriger tout ce que nous tenons pour des erreurs de langage, en ignorant la spécificité de leur culture et de la langue qu’ils ont développé.
Car c’est une nouvelle langue pour l’oreille française. Un français certe, mais pas le même. Un peu comme un français parlé par un belge. Une variante, mais dont l’ensemble reste intelligible. En tout cas c’est ce qu’on essaye de ME faire croire.
En ce qui me concerne, la majorité des québécois pratiquent une langue dont la grammaire à été purement et simplement inventée ou réinventée. Nos règles grammaticales sont théoriquement les mêmes, mais en pratique il y a a peu près autant de variations qu’il y a de québécois au Québec. Comptez-en 6 millions. Passez quelques jours cloitré comme je l’ai fait avec des québécois peu éduqués et vous serez vite convaincus. Vous allez dire que mon échantillon était biaisé. C’est un fait. Pour avoir tellement besoin d’argent qu’on doive faire des études chez Anapharm (et consors) il faut être soit étudiant étranger (nous étions 9 sur 30), soit sans emploi et/ou sans qualifications pour en obtenir. Bref, hélas souvent faiblement éduqués. Ce sont toujours les mêmes qui ont les pires difficultés. Mais de nombreux étudiants que je croise sont aussi laxistes avec leur grammaire qu’avec leur orthographe. Je pourrais vous recopier les courriels de certain(e)s de mes ami(e)s, agés de 20 à 30 ans, qui sont incapables d’écrire une phrase de leur propre langue sans faire de faute. Je ne parle pas d’une simple faute d’accord… Je parle d’un mot écrit phonétiquement, de fautes graves…
Préambule à la conclusion sur le thème du paradoxe. Je me suis fait dire par les mêmes personnes qui nous trouvaient si terrible au niveau de la langue que c’est donc le fun de parler avec des français, vous parlez bien, vous avez du vocabulaire…
Elle est où la logique ?! D’un côté on se fait traiter de tous les noms si on ose critiquer le niveau de maîtrise général de la langue française par les québécois. De l’autre on se fait féliciter par ces mêmes personnes de nos compétences dans ce domaine.
Le paradoxe québécois pourrait donc se définir comme tel : laissez nous constater vos mérites, mais ne les mettez pas en perspective avec nos connaissances ?!
Je ne comprends plus les québécois.
Curieusement je reçois aujourd’hui même une lettre où on me demande ce que je fais au Québec, moi qui ne semble pas l’apprécier. C’est un fait. Une question que je me pose de plus en plus souvent. Je ne pense pas pouvoir supporter encore longtemps de vivre dans un bain linguistique aussi ténu où paradoxalement l’identité autour de ce langage est affirmée avec autant de véhémence.
Quand on en vient à pouvoir corriger la syntaxe grammaticale de n’importe quel homme politique s’exprimant publiquement, on est en raison de se dire qu’on a atteint ses limites…



