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Romain.info Monologue extérieur
admin

25/6/2002

Après une misérable nuit (je vous passe les détails), je suis allé voir LE film qu’il me fallait pour me remonter le moral.

J’ai tendance à toujours vouloir soigner mes maux par le mal. Du genre, si je suis triste à mourir, je vais écouter de la musique qui fait pleurer… Or, sans vraiment avoir fait un choix volontaire pour visionner ce film ce matin (puisqu’il était prévu que j’aille le voir depuis quelques jours), ma découverte fut salvatrice. Béni soit Lucia y el Sexo ! C’est comme on l’imagine une oeuvre espagnole que je me suis payé le petit luxe d’aller regarder en VOST. Un vrai bonheur, un pansement temporaire sur les plaies ouvertes et purulentes qu’on a laissé en moi. L’histoire parle de pleins de malheurs. Abandon, mort, meurtre, suicide, tristesse, larmoiement, trahison, tromperie, etc. Le tout agrémenté ça et là de Sexo bien entendu. Des scènes torrides (normal on est en Espagne après tout et ils ont le sang chaud, non ?), des déclarations d’amour, des larmes de joie, des retrouvailles, de l’espoir, etc. Bref, un cocktail divin livré par un scénario incroyable et subtil, bien écrit et par ce fait même inoubliable. Mon meilleur souvenir depuis l’émoi produit par « Amélie poulain ».

Par la suite j’étais sur un nuage. Ma souffrance me paraissait moins difficile à supporter en regardant celle, forcemment pire, des autres. Du coup je n’ai voulu regarder aucun autre film susceptible de me faire sortir de mon spleen. J’ai fui les distractions susceptible de me plaire, je suis rentré et j’ai fait du ménage pour ne pas laisser mon esprit divaguer. Les murs des toilettes ont ainsi été balayés puis lavés, cette pièce fort fréquenté à gagné plusieurs lumens en clarté.

Content de mes efforts, fier d’avoir supporté mes douleurs sans lamentation, je me suis offert un dernier film Le Défi. Une production française qui parle de l’univers hip-hop autour d’un scénario pourri, d’acteurs très moyens, mais de danseurs incroyables. Comme de toute façon c’était uniquement pour ces joutes artistiques que je m’étais déplacé, je n’ai vraiment pas été déçu. Mais le scénario est vraiment pourri. Vraiment. J’insiste. La fin est complètement loufoque. Mais y’a pas de tristesse réelle dans ce film, le message est positif, alors ce soir il va falloir que je lise un roman-médicament. Une tragédie sans doute.

C’est la fin de la fête du cinéma. Yé.

Jour 2 de la fête du cinéma. Une vaie cure ! Je me suis vautré la journée entière dans les salles climatisées de la ville pour visionner quelques navets et quelques merveilles.

Pour commencer le matin je me suis offert l’auberge espagnole, le dernier film de Kalpisch, distrayant et m’ayant rappellé bien des souvenirs estudiantins. Cette histoire d’un étudiant « Erasmus » qui part suivre des cours une année à l’étranger et qui rencontre tout un tas de galères, qui affronte le dépaysement, une nouvelle culture, la distanciation avec sa petite amie, les questions pressantes de ses parents, etc. Tous ceux qui ont une fois été des étudiants étrangers vont s’y projeter avec violence. En plus la trame sonore est un réel plaisir à entendre, avec notamment des extraits très appréciés de Radiohead.

J’ai poursuivi avec Spider-Man, à prononcer « spidèrmanne » et non « spaildeurmanne » si on veut se faire comprendre par le personnel à la caisse du cinéma qui n’est décidemment pas anglophone. Une vraie merde, je suis satisfait à la hauteur de mes espérances, ni plus ni moins. Comme je suis conforté par les espoirs que je fonde sur mes propres choix, je n’irai donc pas voir Star Wars car je suis assez convaincu que c’est du même ordre : téléphoné, avec de grosses ficelles et peu de surprises. En plus pour Star Wars on connaît déjà la fin ce qui achêve de me dissuader d’aller le voir. Il n’y a plus aucun suspens.

Puis je suis allé manger un morceau très rapidement avant d’aller voir Metropolis, un manga japonais (je présume) aux dessins moyennement bien tracés et à l’histoire apocalyptique comme toujours. Les japonais sont encore traumatisés par les deux bombes nucléaires que les américain (décidemment infiniment cons) leur ont lancés. Bref, ça fait un film très « bof ». En plus je digérais, je luttais pour rester éveillé, le scénario ne m’a pas vraiment aidé à stimuler mon attention…

Décidant d’aller me changer les idées, je suis alors allé voir La reine des damnés avec la défunte Aaliyah. Ça commencait mal pour moi, le film carbure à la musique gothique et connaissant mon dégoût pour tout ce qui s’approche de près ou de loin à du rock alternatif et/ou gothique les premières minutes m’ont mis mal à l’aise. L’histoire est originale et les méchants ne sont pas nécessairement ceux qu’on croit, curieusement. La silhouette d’Aaliyah marque par son manque flagrant d’excroissance mammaire ce qui ne m’a pas gêné, au contraire. Ça c’était le petit détail sexo-lubrique du film. Ce n’est pas parce qu’elle avait l’air d’une ado qu’elle m’était sympatique, mais plutôt parce que pour une fois l’héroïne d’un film ne nous exhibe pas ses implants ! Et je n’aime pas les grosses poitrines, même 100% naturelles. Disons que je les aime moins. Et arrêtez de me poser des questions aussi indiscrètes après tout ! Bande de voyeurs !

Changeant du tout au tout, avant de rentrer manger, je suis allé me distraire en suivant les aventures de Lilo et Stitch, un dessin animé de Walt Dysney (et oui j’ai craqué, mais pour ma défense je voudrais ajouter que j’ai presque tout vu des films actuellement à l’affiche…). Le petit extra-terrestre est attendrissant et l’histoire bien que naïve est efficace. La grosse machine Walt Dysney quoi… Par contre j’attendais un petit peu mieux de WD en ce qui concerne l’animation. Ça pêchait un peu par manque de qualité de ce côté là.

Je suis ensuite retourné à la maison, j’ai mangé vite fait et je suis reparti pour un autre film, et oui, un sixième de la journée : La rue de la honte, un film japonais des années 50, en noir et blanc, en VOST, dans un petit cinéma d’intello. Un vrai petit bijou après tous ces films americain à gros budget. C’est l’histoire des vies de diverses prostituées, de leurs clients, de leurs familles dans le Japon de l’après guerre. Il n’y a que peu de monde pour apprécier ce genre de film, en témoigne le faible taux de remplissage de la salle dans laquelle s’est déroulée la projection. Mais je m’en fiche, je suis fier de ne représenter qu’une minorité, je suis fier de ma différence. Et pour 1,5 • je n’allais pas me priver de ce privilège !

23/6/2002

Aujourd’hui c’était le premier jour de la fête du cinéma. Je me suis gavé… J’ai commencé ma journée par Blade 2. Pas mal du tout… De l’action, des cascades, du sang, de l’action, des cascades, du sang, etc. jusqu’à la fin ou presque. Un bon film de gars ! Puis, dès la sortie de la salle je me suis précipité de nouveaux aux caisses pour profiter de mon premier film à prix cassé (1,50 euro) : Samouraï, un autre film de gars, français cette fois. Comme le nom l’indique ça parle de « Pikatchu », de combat de kung-fu, et c’était une vraie merde. Je me suis vraiment fait chier, je vous le déconseille donc si vous pensez avoir les même goûts que moi. ensuite je suis retourné chez moi car pour aller voir le film suivant il me fallait un véhicule.

C’est à Voreppe, un petit village à 20km de Grenoble, et nulle part ailleurs que passait Tanguy, un autre film français, une comédie cette fois. C’était bien délirant, d’autant que l’histoire raconte la vie d’un jeune homme qui m’est familier (longues études universitaires, 28 ans, habite toujours chez ses parents, etc.). Puis je suis retourné déposer notre magnifique véhicule de location (celui que l’assurance nous prête pendant 20 jours en remplacement de notre véhicule détruit) pour aller voir Sex Academy, un bon petit film d’ado américain bien délirant.

Somme toute je suis assez heureux d’être allé voir ces film seuls, je n’ai eu à convaincre personne d’y aller, je n’ai eu à légitimer mes mauvais choix auprès de personne, et j’ai pu voir cela à mon rythme (c’est à dire en courant d’une salle à l’autre). J’aurais pu aller voir un autre film ce soir, mais j’ai trouvé qu’il y avait trop de monde devant les salles. De toute façon j’y retourne demain, je vais au moins en voir autant…

22/6/2002

Ce soir c’était la fête de la musique. C’était aussi le jour du solstice d’été, le premier jour de l’été. Bref, une fête païenne célébrée en musique. Et quelle musique !

Sans revenir ici sur l’incroyable variété de spectacles gratuits qui étaient offerts, je ne vais mentionner que le plus marquant. Il s’agit de celui qui me fît pleurer d’émotion, il faut le faire. C’est, comme souvent, un concert de voix acapella qui m’a pronfondément troublé. « Ho Happy Days », tout le monde connait, mais je dois être un des rares à pleurer lorsque c’est bien chanté. Cet après midi j’étais donc debout dans un charmant prieuré verdoyant, chantant cet air entraînant de concerto avec ce gros groupe vocal, me balançant d’une jambe sur l’autre et frappant dans mes mains à l’unisson, avec de grosses larmes qui coulaient sur mes joues en un flot continu que ma volonté seule semblait incapable de tarir.

Les chants gospels me rappellent sans cesse ce merveilleux été passé dans une famille noire de Memphis il y a de cela pas loin de cinq années. Je dormais, mangeais, m’habillais comme eux, puis j’ai fini par réellement parler comme eux puisque l’été suivant lors de mon retour aux EU on me fit remarquer que je parlais « comme un noir »… Le mimétisme devait lui aussi être complet, car lors de ma première apparition dans l’église baptiste qu’ils fréquentaient, personne dans l’assistance ne semblait douter que je sois noir jusqu’à ce que je leur apprenne que je venais de France et que mes efforts leurs dévoilent que je parlais leur langue fort approximativement. Bref, c’est là bas, assis sur les bancs de cette église dans la partie droite de la batisse parmi les autres hommes de la communauté que j’ai découvert pour la première fois ces chants acapella. Je ne saurais mettre des mots sur ce que j’ai ressenti ces jours là. C’est précisemment parce que ces sensations ne m’ont plus quitté depuis que ces dernières ressurgissent dès lors qu’un élément extérieur les évoque. Là bas, j’ai versé de nombreuses larmes de joie et d’émotion, debout sur mon banc, battant frénétiquement la mesure avec mes mains, accompagné par mes voisins, et criant « amen » ou « alleluïa »…

Évidement, aujourd’hui je rigole doucement de cette période et je me demande toujours comment j’ai pu en arriver là, moi alors adulte, assez borné, très athé et convaincu que le prosélitisme ne pourrait avoir de prise sur moi. Certains souvenirs de ces sessions musicales dominicales sont si précis et si parfaits qu’aucun autre évènement semblable n’a pu modifier ni égaler la version idylique que j’en retiens. Je sais qu’il faudra que j’y retourne, comme en pelerinage, cette musique et cette ambiance agissent sur moi comme une vraie drogue !

19/6/2002

Lundi soir je me suis attaqué à un problème qui me préoccupe depuis quelques années : ma capillarité anarchique. Devenus trop longs, mes cheveux ont tendance à se dresser sur ma tête, attirés sans doute par les astres, et de fait je ressemble pas mal aux Jackson Five excepté que mes cheveux sont souvent gris, que je ne suis pas noir et que je danse comme un pied.

Aussi, armé d’une paire de ciseaux et de plusieurs heures devant moi j’ai entrepris de me couper moi même les cheveux. Oui, ça parait un peu fou comme idée, et surtout voué à l’échec. Mais comme je voulais me raser la tête, complètement, le challenge était relevable.

Il a quand même fallu que je demande l’assistance de ma mère pour terminer l’arrière de mon crâne, ce qu’elle a accepté à contre-coeur de faire, sans pour autant m’épargner sa mélopée monotone sur le thème : « Ha mais c’est horrible, ha mais quelle horreur, ha mais quel gachi. »

Il m’aura fallu plusieurs heures et plusieurs rsoirs jetables pour achever le travail. Mais je suis heureux de constater que mon crâne est régulier, exempt de trous et de bosses (ce que je redoutais). Par contre il est très pâle, il faut que l’exhibe au soleil. Le lendemain j’en eu l’occasion. Je me suis programmé une journée de randonnée sous la canicule. Quatre heures de marche aller et quatre heures de marche retour (en théorie). En fait j’ai avalé tout cela plus vite que prévu (4h30 aller-retour) et aujourd’hui j’ai mal à la hanche gauche. Donc je vais aller à la piscine probablement demain de manière curative et aussi parce qu’il fait plus de 35°C dehors et que c’est insupportable hors de l’eau. Beau prétexte.

Dans quelques jours c’est la fête de la musique (le 21 juin) ! C’est à dire que c’est l’occasion de délirer allègrement en ville au son frénétique des musiciens regroupés en grappes sonores ça et là dans les ruelles bondées. Cette folie nocturne sera suivie toute la fin de semaine par la fête du cinéma : pendant trois jours prenez tous les cinémas de la ville, faites payer l’entrée à la première scéance plein tarif et l’entrée aux scéances suivantes seulement 1F symbolique (en euro je ne sais pas ce que ça va donner, ni même si la formule va être identique cette année). Bref, c’est l’occasion de profiter de la climatisation des salles pour pas cher, de se gaver de cinéma pour vraiment pas cher, et de se mêler à tout ce que la ville compte de jeunesse et de cinéphiles augurant ainsi quelques contacts possiblement fructueux…

13/6/2002

Il semble que j’ai fait un oubli grave ici. J’ai oublié de mentionner que ce lieu, ainsi que tous les autres espaces physiques en ma possession, sont des lieux « non-fumeurs ». Aussi, j’exprime parfois quelques revendications de non-fumeur. Je ne mène pour autant pas une guerre contre ceux qui ont choisi une autre voie, je m’en fiche, j’ai d’autres chats à fouetter que de lutter contre leurs libertés.

Par contre, il y a liberté et liberté. Tout comme il est interdit de faire du bruit dans une salle de cinéma, il est interdit de fumer dans certains lieux. Il est normal que je rappelle à certaines personnes bruyantes dans un cinéma qu’elles gênent le reste de la salle. Il en va de même pour les fumeurs qui gênent les non fumeurs en allumant leur cigarette dans un endroit mal ventilé et clos.

C’est toujours le même débat avec les fumeurs. Je suis un tyran qui brime leurs libertés. S’ils étaient capable de garder leur fumée pour eux, à vrai dire je n’interviendrais même pas. Seulement il en sont incapables. Et je suis obligé de leur rappeller que j’existe aussi quelque part autour d’eux. Qu’ils ont oublié de respecter mes choix de non-fumeur, mes allergies et mon asthme.

C’est un peu comme crier contre les usines polluantes et se faire rétorquer que notre attitude va à l’encontre des besoins économiques. Serait-il si difficile de lier les deux ? Les accords de Kyoto ne sont pas signé par les EU… Alors qu’on ne vienne pas me dire que je joue le jeu d’un néo-fachisme américain sans porter un regard critique sur le fait suivant : qui impose en premier une nuisance à l’autre ?

Les fumeurs ont la planète entière pour fumer. Je ne leur reproche pas de fumer. Je m’en fiche. Cela ne me gêne que lorsque c’est fait à l’intérieur d’un bâtiment dans lequel il est d’ailleurs expressement spécifié que cela est interdit. Idem pour les autobus, les avions, les transports en commun, etc. Certaines libertés sont-elles plus difficile à concevoir de la part des fumeurs ?

On a le droit de fumer à peu près à n’importe quel âge dans les faits (on n’en a pas nécessairement la possibilité en revanche). N’a t-on pas le droit non plus de NE PAS fumer ni respirer la fumée des autres à n’importe quel âge ? Je pense que oui. Je suis vu comme un dictateur. Je ne pense pourtant pas avoir tort, sinon j’aurais changé d’avis.

Les droits des non-fumeurs sont trop souvent baffoués.

10/6/2002

Et il a voté ! Cette fois-ci il n’était pas loin du bureau de vote, il a donc traversé la rue qui sépare son domicile de son bureau de vote et il a exprimé son opinion politique en mettant dans une petite enveloppe la toute aussi petite feuille qui portait le nom du candidat qu’il soutenait. Il s’agissait d’élire les députés, ceux qui siègent à l’assemblée, les mêmes qui votent et soumettent des lois. En gros c’est bien plus important que d’avoir un maire d’un parti différent du sien…

Il semble même qu’il ait voté pour le bon candidat puisqu’il a été élu. J’ai donc gagné, avec d’autres le droit de dire que j’ai fait le bon choix. La majorité ce n’est pas nécessairement le choix le plus éclairé. Aujourd’hui on va dire que si.

Il y avait au niveau des bulletins des différences amusantes. Pour commencer, les deux candidats des verts se présentant dans ma ville utilisaient des bulletins très peu écolos… L’un utilisait un papier très blanchi, donc plein d’agents chimiques, plus blancs que n’importe quel autre candidat. L’autre avait complètement noici d’encre son bulletin (donc bulletin plus polluant) imprimé sur un papier réellement plus épais que celui de ces concurrents (donc moins d’arbres dans la forêt). Et avec ça ils se réclament tous deux « écologistes ». On croit rêver. Enfin, il y avait un troisième candidat qui s’est donné beaucoup de chance pour gagner en ne remettant pas ses bulletins dans les temps, du coup son bulletin était absent des bureaux, et à moins de prendre un bulletin vierge (il fallait prévoir, il n’y en a pas dans les bureaux de vote) et d’y inscrire à la fois son nom en grosses lettres et celui de son remplaçant en lettres plus petites (et dans cet ordre uniquement), il était impossible de voter pour lui. Ne soyez pas si surpris que cela si je vous annonce que personne n’a voté pour lui… La connerie des wannabe politiciens m’afflige. Heureusement, les cas vraiment graves ne passent pas le premier tour.

Je me suis offert ce soir un petit extra. Non content d’avoir rempli mon devoir de citoyen, j’ai participé au dépouillement du scrutin. J’ai tenu le rôle important « d’annonceur ». Je devais lire le nom du candidat inscrit sur chaque bulletin après qu’il soit extrait de son enveloppe par deux autres personnes. Deux autres volontaires comptabilisaient les votes ainsi exprimé par la proccuration de ma voix. Je me devais aussi de lire les petits messages laissés sur les bulletins par les électeurs. Si seulement il y avait pu en avoir ! Malheureusement cela n’a pas été le cas. Le texte de loi régissant les élections était affiché quelque part dans la salle et j’étais allé le consulter naturellement, en suivant mon attrait quasi instinctif pour les procédures. J’y avais entre autre appris que le rôle qui m’était dévolu comportait un risque, celui d’être poursuivi en diffamation si d’aventure j’avais colporté de vive voix des paroles qu’on aurait pu juger calomnieuses. J’aurais aimé que cela arrive, j’aurais adoré en fait, j’aurais joui de dire :

Vote nul car il y a écrit : Raoul Dugard tu n’es rien qu’un petit enculé de xénophobe.

Mais ce n’est pas arrivé, ni ça ni rien d’autre à dire vrai. À part quelques votes blancs (pas de bulletin dans les enveloppes) et un vote nul (quelqu’un qui a inséré plusieurs bulletins différents dans l’enveloppe) tout s’est bien déroulé. Enfin, si 32% des abstentionnistes avaient bien voulu venir exercer leur droit de vote tout se serait véritablement bien passé. Pour leur défense, nos journaux parlent plus en ce moment de l’équipe de France de football qui essaye de se qualifier pour le championnat du monde, des finales du tournoi de Roland Garros et de la finale du championnat de France de rugby que de politique. Les Français avaient déjà reçu une grande claque il y a quelques semaines après le premier tour des présidentielles. Ils doivent être masochistes. Aujourd’hui, ils tendent l’autre joue (ou l’autre fesse…).

Je suis bien content d’être en France, car on y trouve encore tout un tas de tables de baby-foot dans les bars et c’est un « sport » pas encore totalement délaissé par les « jeunes ». Au lieu d’éclater tout le monde dans les bars de Québec, ici au moins je trouve de la concurrence. On m’a même mis quelques branlées à l’occasion. Ça fait du bien à l’égo, ça le remet à sa place, ça rend humble. Je compte bien retrouver quelques réflexes que je semble avoir perdus, notamment en défense. Mes ampoules sur la paume des mains reviennent, c’est bon signe, je retrouve mes marques.

Par contre je redécouvre avec horreur un détail que j’avais curieusement effacé de ma mémoire. Les Français fument énormément, c’est incroyable. Et partout en plus. Je me promenai dans un centre commercial avant hier quand je repérai une salope de fumeuse en train de parfumer toute la place avec son infect mégot allumé. Je m’approche, je lui indique qu’il est interdit de fumer dans ce centre commercial, elle me sourit, me répond qu’elle sait, et porte la cigarette à sa bouche par provocation. Que devrais-je faire ? Si encore il ne s’était agi que d’elle, mais j’ai dû répéter la manoeuvre dans ce même centre commercial plusieurs fois dans les minutes qui ont suivi. Les réponses étaient aussi variées qu’il y a de fumeurs, certains ignorant réellement qu’il était interdit de faire profiter aux autres clients du centre des choix coûteux personnellement et douteux en matière de santé dont tels des drogués ils n’arrivaient visiblement pas à se défaire facilement. D’autres se repliaient derrière la protection illusoirement légitime que la majorité des fumeurs en faisaient autant. Il est bien connu selon l’adage inventé pour l’occasion que « plus on est de cons, plus on a raison ». C’est en tout cas ce que semblaient dire en substance ces fumeurs. Quant à cesser de fumer dans un lieu public clos, nonobstant l’interdiction évidente, pourquoi le feraient-ils ? Pour moi ? Vous voulez rire sans doute… Bref, outré d’avoir à faire la police et le citoyen zélé, je suis quand même allé voir la direction du centre commercial pour lui imprimer dans les oreilles ma façon de voir leur laxisme à faire respecter les lois françaises. Fort logiquement, je me suis fait répondre que cela n’était pas leur métier, et que quand ils avaient tenté l’expérience, les personnes à qui on demandait d’éteindre leur cigarette devenaient aggressives et compromettaient la sécurité du centre commercial. Cette situation étant généré par les interventions du service de sécurité lui-même, ils ont estimé plus logique de considérer que le renforcement de la loi n’était pas leur mission après tout. Infirmant sa logique, laquelle part du principe que les non-fumeurs sont non-violent quelle que soit la situation, j’ai dessiné dans le cerveau du directeur du centre commercial le scénario catastrophe suivant dont j’allais le tenir entièrement responsable : désormais, je demanderai à chaque fumeur que je croiserai dans le centre d’éteindre sa cigarette, faute de quoi j’emploierai des moyens cavaliers, y compris la violence, afin de parvenir à éteindre ladite (maudite) cigarette. Si un agent de la sécurité se pointe pour faire arrêter l’esclandre, je compte bien en rajouter (tant que la cigarette n’est pas éteinte) et j’espère qu’ils appeleront la police. Je compte bien que chaque citoyen prenne conscience des libertés dont il dispose et des quelques interdictions qu’ils se doit de respecter afin de pouvoir prétendre à ces premières. Aussi, un petit procès verbal rédigé par la police et adressé au fumeur me parait la seule solution avec ces indisciplinés citoyens (fallait pas voter pour ceux qui ont mit ces lois en place nananère… Et si vous n’avez pas voté pour eux, dites vous que la majorité l’a fait, même si elle n’a pas toujours raison). Par ailleurs, cela me pemettrait ensuite de me retourner vers le centre commercial pour « non respect de la legislation », notamment en ce qui concerne l’affichage (très) limité des dites interdictions.

Le directeur m’a écouté, il semble m’avoir compris, et a conclu qu’il n’avait pas souhaité cette législation. Ce a quoi il m’a été facile de rétorquer qu’on s’en fichait, ce qui comptait du point de vue professionnel c’était de la faire respecter. J’ai bien croisé quelques fumeur(euse)s en ressortant, mais je n’ai pas mené mon plan machiavélique à exécution. Cela ne saurait tarder en revanche, j’ai assez hâte de retourner là-bas pour un prétexte quelconque et de causer un esclandre. J’adore la polémique et là je peux enfin mettre les deux pieds dans le plat. Je suis comme un cochon qui découvre une flaque boueuse et qui s’y vautre en poussant des couinements de satifaction. Ormis la correspondance physico-sonore porcine qui ne se prête pas à moi, c’est avec la même délectation que j’aime pousser les gens dans leurs derniers retranchements quand je me sais avoir la loi de mon côté. Je carbure à la provocation. Accrochez-vous cher(e)s compatriotes, « l’épervier part en chasse… »

6/6/2002

Il pleut. Non que je déteste la pluie, mais j’ai quitté celle-ci au Canada en espérant ne pas la revoir de l’été. La pluie doit être amoureuse de moi. Où que j’aille, car elle le peut, elle me suit.

Hélas on dirait que j’ai des aspirations que la météo s’efforce méthodiquement de contrer. J’ai tellement envie d’aller faire des randonnées en montagne, c’est insensé ! Je rêve de tente plantée en altitude, de soleil, de beaux paysages, de purée péniblement réchauffée à la chaleur incertaine d’un réchaud de randonnée, de duvet douilleux dans lequel je me protège à la fois du froid et de la morsure des audacieux moustiques, de sueur et de crasse nettoyé à même la rivière quasi gelée à l’aide d’un gant de toilette posé sur ma peau si frileuse au matin d’une journée sans soleil, de crème de protection solaire indice 40 pour éviter à la fois insolation et rougeur sujette à moquerie, je rêve d’altitude, de nuit en refuge désert, de recherche paniquée d’un point d’eau potable, d’éclairs qui illuminent le ciel et l’intérieur de ma tente comme en plein jour, de la satisfaction enfin d’arriver au sommet et de contempler autour de soi la vue panoramique qu’on s’est offerte au prix d’un effort partagé par d’aucun et largement mérité, je rêve de tout cela car ce sont des réminiscences de précédentes excursions qui même dans leur apparent désastre ont rendu ces moments inoubliables. Pour rien au monde je n’aurais voulu que quoi que se soit se passe autrement. Il y a dans les galères quelque force suprême qui font de ces dernières des moments merveilleux quand enfin on les surmonte. La randonnée en montagne que je vénère comporte un sac à dos, une tente, plusieurs nuits à l’extérieur, et une succession de moments imprévus qui font tout le charme de cette aventure.

J’ai besoin d’aventure, ma vie à Québec manquait d’imprévus dernièrement et le temps me renferme ici dans le même scénario. Je veux des surprises, je veux de l’action, je veux que ça bouge, je veux m’éclater. Pour l’instant seuls les éclairs s’éclatent autour de moi… Bien sur j’ai une foultitude de choses à faire ici, mais déraisonnablement la montagne m’appelle.

5/6/2002

Douane

Que de péripéties en quelques jours… Ma vie a l’air très intense quand je la résume comme je vais le faire :

Pour commencer, jeudi, je me suis empressé de faire débloquer mon dossier auprès du Services des etudiants étrangers en vue de régler toute la paperasse administrative avant mon départ. Mon dossier était bloqué car je ne pouvais fournir de document d’immigration en règle. En fait je possédais un tel document depuis des semaines, mais j’ignorais qu’il suffisait, j’attendais avant de les contacter d’avoir mon visa d’étudiant renouvellé. Bref, une fois ce cafouillage réglé mon dossier était débloqué, c’est à dire que je pouvais m’inscrire à l’Université pour la session d’hiver (ouais ouais, celle qui s’était terminée quelques jours avant…). Dès vendredi, grâce à ce déblocage je me suis rendu au Registrariat de l’Université pour qu’ils attestent de mon inscription afin que je puisse obtenir le prolongement de ma couverture santé. Tout se serait passé très vite si j’avais eu de la chance, mais comme depuis le premier jour où j’ai mis les pieds à l’Université rien ne va comme il faut avec mes démarches administratives, il était normal (ne suis-je pas maudit après tout ?) que ça foire… Quelques heures plus tard, quelques coups de fils plus tard, quelques menaces plus tard, j’avais enfin mon document. Je me suis alors précipité au centre ville afin de faire valider ma couverture santé auprès de la Régie d’Assurance Maladie du Québec. Je ne pouvais attendre le lendemain, car le samedi rien n’est ouvert.

Je me couchais exténué de toute cette course et de ce stress bien inutile avant mon départ. Mais j’avais en main une preuve de couverture sociale qui allait servir à permettre le prolongement de mes droits une fois que mon statut de résident permanent serait validé. Sans couverture valide au moment de la validation du statut on laisse les nouveaux immigrants 45 jours sans couverture médicale. Je ne comprends pas pourquoi, c’est stupide, et les explications que je trouve le sont tout autant. Mais bon, je m’étais arrangé pour ne pas que cela m’arrive tout de même. Bref, ce matin là je rejoignais une amie afin qu’elle m’amène à la frontière canadienne pour faire valider mon statut de résident permanent (le papier qui me permettra de travailler en somme…). Quelques heures plus tard, longtemps après avoir fait un petit tour aux Etats-Unis (20 mètres, un demi tour et 20 mètres…), je revenais avec tous mes papiers en poche. J’estime à 12h38 approximativement, l’heure à laquelle on m’a souhaité amicalement la bienvenue au Canada. J’ai maintenant les mêmes droits que les canadiens, minus le droit de vote, mais quand on voit les abrutis sans éducation que sont les candidats aux diverses élections, je m’évite ainsi le joyeux casse-tête d’avoir à choisir le moins pire de tous.

Dimanche je m’accordais quelques heures de loisirs avec un ami et sa blonde à « La Ronde », un parc d’attraction sur l’île Ste-Hélène, non loin de Montréal. J’ai goûté à quelques manèges impressionnant. Mon souvenir le plus mémorable reste celui de « l’Orbite » où l’on s’asseoit sur une plateforme où l’on est arnaché comme dans une voiture de Formule 1 et où l’on vous catapulte dans les airs à une vitesse que je ne peux exprimer, mais au cours d’une accelération qui est évaluée à 4G ! Soit 4 fois le poids de votre corps… Pendant un instant j’ai pesé plus de 300kg ! Je ne pensais pas que cela allait m’arriver un jour. Une fois dans les airs, il faut bien redescendre et pendant un très court instant on vit un état d’apesanteur, rapidemment on a l’impression de tomber et cette sensation est très désagréable, d’autant qu’on ne touche alors plus notre siège et que l’on a le sentiment furtif qu’on va s’écraser pas loin en dessous… Mais somme toute c’est le meilleur manège qu’il m’ait été donné d’essayer au cours de ma presque longue vie.
En attendant pour un autre manège appellé le « Vampire », tout aussi impressionant », nous avons remarqué une fois arrivé au bout de notre heure et quart d’attente que des petits malins nous passaient devant grâce à une fille d’attente spéciale, dénuée de queue, au moyen de ticket que nous ne possédions pas et au sujet desquels nous étions alors très curieux… renseignements prit, pour un faible coût, on peut se procurer ces tickets à l’accueil et ils nous permettent de sauver un temps précieux. Nous sommes repassés dans ce manège où nous avions attendu 1h15, pour ne patienter que 5 minutes cette fois (il y avait d’autres personnes avec des tickets semblable devant nous cette fois là). Sinon ces tickets sont très utiles, curieusement leur existence est encore assez confidentielle et connaissant leur existence je suis assez content qu’elle le reste encore quelques temps…

Une fois revenu de « La Ronde » le coeur retourné plusieurs fois, les boyaux douloureux, la tête étourdie et la démarche hésitante, je suis allé chercher mes bagages chez l’ami qui m’avait gentillement hébergé la nuit précédente pour finalement me diriger vers l’aéroport. Angoisse à sa porte car il n’était pas là, ni même sa colocataire… Quelques minutes passent où je commence à perdre mon sang froid. Je l’appelle finalement sur son portable où je tombe sur son répondeur. Cela n’a pas vraiment contribué à m’apaiser… Finalement je le rappelle quelques instants plus tard et il me répond qu’il est en chemin. Il arrive juste à temps pour que je prenne un taxi qui m’emmena jusqu’au bus qui me déposa à l’aéroport. Une fois sur place mon coeur semblait vouloir recommencer à battre à un rythme normal. En chemin, la conduite saccadée du chauffeur d’autobus qui conduisait d’une main sur une route très fréquentée, tenant de l’autre une pizza large qui lui brulait les doigts m’avait maintenu dans un état plus qu’éveillé et je n’attendais rien de moins que la moindre menace d’accident pour lui crier dans les oreilles que son comportement n’avait rien de prudent. Ma vie vaut plus cher que son repas, qu’il n’avait qu’à déposer par terre d’ailleurs…

Une fois mes bagages débarqués, étant en avance de pas loin d’une heure et demi sur l’heure du décollage, je me suis tranquillement dirigé vers le comptoir d’enregistrement des bagages. On m’apprenais là bas que le vol était avancé de plus de 30 minutes ! En fait, il attendaient que tous les passagers soient à bord pour décoller le plus vite possible… Je me dépêche donc d’enregistrer mes bagages, mais demande tout de même que mon sac de raquettes de badminton fasse l’objet de soin attentifs. On me dit de le mettre en cabine, car le voyage n’est pas plein. Ayant noté ce détail, je demande à être placé à un endroit où je pourrais « allonger mes grandes jambes ». Fort gentillement on m’a alors offert une place sans aucun siège devant moi (incroyable hein !?), sans personne derrière moi, ni à côté de moi ! Bref, j’avais trois sièges pour moi seul et personne autour. Ca c’est vraiment un avion vide… Le confort ça se paye (999$). Le voyage à bord de l’avion de KLM s’annonce tranquille dans ces conditions… On nous sert pourtant vers minuit trente une petite collation. Ne pouvant résister à l’appel du sommeil, je m’endors avant le film pour ne me réveiller que quelques heures plus tard, pas loin d’Amsterdam. Ma nuit n’est pas complète, loin de là, mais je sais que je pourrais dormir plus tard avant d’arriver à Lyon, alors je patiente tranquillement en écoutant de la musique. On atterrit à Amsterdam, au Pays-Bas, pays du « pot » en vente libre, et j’ai pas loin de quatre heures d’attente avant mon prochain avion.

Aéroport

Je m’installe dans un coin, peinard, trouve mes bouchons en mousse que je m’insère dans les oreilles, et je tente difficilement de trouver le sommeil sur ces sièges définitivement pas étudiés pour cela. Pourtant, à ma grande surprise, ma fatigue prend le dessus et je m’endors comme un bébé. Cela allait être la sieste qui me coûterait le plus cher de mon existence…

Au réveil, je regarde machinalement ma montre pour remarquer que mon avion a déjà du décoller il y a de cela un bon quart d’heure… Vaseux et frustré de l’avoir manqué, je me dirige vers le comptoir de KLM où j’espère bien obtenir un changement pour un prochain vol. Evidemment cela se fait, mais pas gratuitement… 200$ ! Bordel. Moi qui voulait commencer à faire des économies pendant l’été. Si à chaque fois que je m’endors je perds 200$, je vais m’abstenir désormais. En plus il m’a fallu retirer de l’argent sur ma carte Visa, ce que je pensais ne pas pouvoir faire, et c’est à la troisième et dernière tentative que j’ai finalement retrouvé mon code (parce que ces cons de marchands au Canada ne sécurisent pas l’usage des cartes Visa en n’exigeant pas le code qui est pourtant programmé au sein de chacune d’entre elle…Alors fatalement, à force de ne pas m’en servir, j’oublie le code.). Miracle j’ai même pu retirer de l’argent. Et sans surprise ce sont des Euros qui sont sortis de la boite à sous.

Pendant le temps qu’il m’a fallu attendre avant le prochain vol, j’ai pu admirer l’air gracieux et élancé de ces charmantes habitantes du Pays-Bas qu’à toute fin pratique on nomme « hollandaises ». Certaines étaient au moins aussi grande que moi, pratiquement toutes blondes, parlant une langue dont je ne comprennais un traître mot, et maîtrisant l’anglais sans doute bien mieux que moi. Bref, avec aussi peu d’avantages de mon côté, compte tenu aussi de ma fatigue, je ne me suis même pas aventuré à tenter de nouer un contact, même bref avec une de celle-ci. Quelques heures plus tard j’arrivais enfin à Lyon où j’ai pu constater la fièvre footbalistique qui touche toute l’Europe en ce moment, car dans le hall d’accueil de l’aéroport un écran géant retransmettait les matchs en cours… Je me suis assis et j’ai regardé quelques actions, et à ma grande surprise j’ai même éprouvé du plaisir à cela. Je me sentais enfin bien chez moi.

Fiou… voilà ma vie. Et aujourd’hui j’ai trente ans. Il y a au moins autant de choses à venir.