
Je viens de terminer un livre de Jostein Gaarder intitulé Dans un miroir obscur. J’ai eu l’air d’un fou. J’ai lu les dernières pages dans le bus ce matin, en me rendant au travail. Tout autour de moi les gens étaient déguisés pour Halloween, parlaient de souvenirs d’enfance reliés à ces festivités, évoquaient avec plaisir la soirée qui allait venir, détaillaient avec envie le costume de leurs voisins. Moi, plongé dans mon livre, je me posais des questions existentielles sur ce que nous sommes, sur le sens de la vie, de la mort et de l’amour.
Il y avait un contraste quasi comique entre mon sérieux intérieur et l’insouciance enjouée de mes voisins.
Mais le pire ça n’a pas été cela. Le pire c’est que pour la première fois j’ai pleuré en lisant un livre. Pour la première fois, qui plus est dans un autobus, j’ai pleuré, car mes pensées sont allées bien au-delà de mes contingences matérielles. J’ai oublié que j’étais dans un autobus, j’ai oublié que je lisais un livre, ne m’est restée que la substantifique moelle de mon livre, mâtiné de souvenirs et d’émotions personnelles. J’ai pleuré, car on y parlait de mort, de vie, de création, et que tout cela paraissait finalement bien vain. Et pourtant, je suis attaché à cette futilité. Tout comme je suis attaché à mes proches sans jamais pourtant pouvoir le leur dire de vive voix, ni jamais avoir pu le faire. C’est un peu pour tout cela, et sans doute parce que mes proches sont paradoxalement bien loin d’ici et que je ne peux donc malgré mes blocages m‚ouvrir à eux, que j’ai été touché jusqu’aux larmes et que je vais me souvenir de ce livre longtemps.
Je me suis senti ridicule, mais ce ridicule m’a fait un bien fou.



