Jeudi soir je suis allé pour la première fois de ma vie, et pour donc la première fois en cinq ans que je suis au Canada, dans un bar de chansonnier. Et je le regrette déjà vivement de ne pas y être allé avant.
Je ne bois pas d’alcool. Jamais. C’est un choix. Comme la cigarette. Et quand mes ami(e)s me proposent de sortir dans un bar, généralement je m’y fais chier à mourir. Je les vois sombrer dans l’alcool, débiter des imbécilités en prenant la bière pour excuse, me reprocher ma non-consommation d’alcool et manquer singulièrement de discussion. En plus c’est trop bruyant pour parler, trop enfumé pour respirer.. Reste la piste de danse. Mais si je veux uniquement danser je préfère la techno, la dance ou la house, plaisir souvent solitaire puisque mes ami(e)s n’aiment généralement pas cela.
Aussi, en découvrant les “boites à chansons” j’ai été aux anges ! Oui il y a de la bière, oui il y a encore de la fumée de cigarette, oui on me reproche encore ma non-consommation d’alcool, mais au moins je peux concentrer mon attention sur autre chose que leur débauche. Sur scène il y a un voire deux guitaristes, accompagnés parfois d’un harmoniciste, autant de micros, et c’est tout. Au menu : pas mal de chansons québécoises, françaises, et quelques titres anglais. On accompagne le chanteur en criant les paroles quand on les connait, on découvre des titres, on apprécie les joies du “live” et son florilège de surprises et de couacs, on a le pied qui marque la mesure pendant des heures, on boit un verre en vitesse pour se réhydrater (pour une bonne raison enfin), on hurle à nouveau un refrain, on questionnne son voisin sur le titre de la chanson, on crie sa demande bien calé sur sa chaise entre deux morceaux en espérant avoir été entendu par le guitariste en recherche d’inspiration, on se laisse bercer, et on ressort de là presque sans voix, la musique pleins les oreilles, souffrant d’acouphènes pendant les 24 heures suivantes (je déteste ça par contre…), on dort bien et on se réveille en voulant déjà y retourner.
Jeudi j’ai entendu un très bon panel de chansons vraiment très québécoises (mes amis français qui m’accompagnaient en connaissaient à peine une poignée sur toutes celles chantées au court de la soirée), et on a terminé la soirée sur un pot-pourri de musiques de dessins animés de mon enfance : Albator, Capitaine Flam, Goldorak, Candy, Les cités d’or, etc.
Bref, je garde de cette soirée pleins d’agréables souvenirs, dont un en particulier pour une très belle chanson de François Camirand et Gaston Mandeville : Le vieux du bas du fleuve.
Y avait un vieux dans l’ bas du fleuve
Avec une terre de trente arpents
Un poêle à bois, une charrue neuve
Trente-six cochons, pis onze enfants
Y s’est levé un bon matin
Une cicatrice sur son terrain
Les yeux pleins d’eau y a dit «Calvaire!
On est en train d’ voler ma terre.»
REFRAIN:
Quand t’es ben tranquille chez vous
Assis à compter les hivers
Pis à t’ mêler d’ tes affaires
J’ai d’ quoi su’ l’ coeur
Mais j’ai pas l’ coeur
À te l’ dire
Y avait un vieux dans l’ bas du fleuve
Avec un coeur de trente arpents
On l’a tué à coups d’ tracteur
Le sang a coulé par en-dedans
Sa femme est là pis qui dort p’us
Un coup parti les p’tits non plus
Le «douze à sel» c’est passé d’ mode
On peut pas éviter l’exode
REFRAIN
Y avait un vieux dans l’ bas du fleuve
Avec des rêves de trente arpents
Sort sa charrue pendant la nuit
À grands coups d’ poing laboure son lit
Y avait un vieux dans l’ bas du fleuve
Qui était caché dans l’ fond d’un bas
Dans l’ fond du bas du Saint-Laurent
Où c’est qu’y en a qui passent par là
REFRAIN
Il serait trop long de faire la liste de toutes ces chansons qui m’ont donné des frissons, mais une chose est certaine, je vais y retourner… La musique, c’est si bon (lien pour Macintoshs OS X uniquement)