La fête des incivilités
Je n’ai pas vraiment pu suivre le programme prévu pour la fête du cinéma. Dimanche j’ai été retenu à un (beau) mariage, lundi j’ai remarqué qu’un cinéma avait annoncé avoir un film à l’affiche avant d’être certain d’en avoir une copie, et il m’a été impossible de voir certains films du fait que les séances étaient complètes. Y’avait du monde à la fête du cinéma.
Ce rassemblement massif de cinéphiles m’a surtout donné l’occasion d’observer un vice bien de chez nous : le manque de savoir-vivre. Mettez ça sur le compte de la foule si vous voulez, mais dans chaque file d’attente dans laquelle je patientais, il a fallu que je reprenne à l’ordre quelques resquilleurs qui doublaient impunément.
On dit que les “jeunes” ne respectent plus rien. Je constate que plus souvent qu’autrement ce sont les “moins jeunes”. La pire espèce étant la femme dans la cinquantaine (et au-delà). Elle double devant vous, ne comprend pas que vous lui fassiez une remarque (je suis trop vieux pour qu’on me traite d’insolent), et vous donne de magnifiques excuses. Petit florilège de ces dernières :
Elle : Je crains le soleil.
Moi : Vous n’êtes pas la seule. Et pourtant, les autres ne doublent pas…
Elle : Je suis avec d’autres gens qui sont derrière.
Moi : Et ça vous donne le droit de nous passer devant ?
Elle : Mais je suis toute seule, je me trouve toujours une place facilement.
Moi : Je suis aussi tout seul, et je fais la queue, comme tout le monde du reste.
Elle : Ho, c’est pas bien grave…
Moi : Vous avez raison, les règles de politesses c’est surfait. Allez pousse-toi la vieille !
Elle : Mais j’ai chaud dehors au soleil.
Moi : Regardez les autres dehors… Vous le leur avez dit ?
Moi je reste bouche bée. J’ai bien évidemment été taxé de misogynie, de ne m’attaquer qu’aux “faibles”, etc. Juste après que la dame m’ait dit ceci, je vois trois black ados se faufiler derrière elle. En toute logique, je leur ai dit que la file ne commençait pas là, mais deux cents mètres derrière. On m’a dit que ça ne me regardait pas, que comme j’étais devant je n’avais rien à dire, et on a échangé quelques noms d’oiseaux que je ne vais même pas tenter de retranscrire ici. Finalement y’en a deux qui sont partis. Mais la mémé derrière moi n’a pas bougé. Elle n’a pas dit un mot non plus quand ils m’ont traité de raciste, ni même quand ils m’ont dit que je n’aimais pas les Arabes (venant de noirs c’est risible…). Quel beau pays. Ça m’amuse de faire la police, mais cinq minutes seulement. J’attends nettement plus de discipline de mes compatriotes.
J’en viens à regretter les files d’attente du Québec, que ce soit pour monter dans un bus ou dans une administration. Il faut le voir/vivre pour comprendre tout ce qui nous sépare.
Mardi matin j’ai même vécu un cas encore plus incroyable. Je fais la queue (y’avait du monde à cette séance), je me trouve une place pas trop mal placée sensiblement vers le centre. J’y pose mes rollers et mon sac à dos et je vais me rafraichir aux toilettes. Quand je reviens la salle est presque comble. Je me présente devant ma rangée, prêt à déranger tout le monde lorsque je réalise que mes affaires ne sont plus là où je les avais laissées. Elles sont maintenant deux places plus loin, collé contre le mur, et à ma place il y a une jeune fille et un jeune homme. Je leur fais mon plus beau sourire et je leur dit :
Moi : Ha bon, vous avez décidé que j’allais me coller contre le mur ?
Lui : Haaa.. Heuuu.. Ouais y’avait ces affaires là (quand on est arrivé), alors on les a mises là.
Ouais. Un peu facile je trouve. Pas un mot d’excuse, à aucun moment ça ne leur a effleuré l’esprit que si j’avais le choix des places, je ne me serais pas collé contre le mur, a aucun moment ils ne m’ont demandé mon avis, ni n’avaient l’intention de le faire… C’est un peu comme ces personnes qui arrivent à la séance en retard. Vous les avez certainement déjà croisés. Vous arrivez tôt, vous vous choisissez de bonnes places, vous êtes tranquilles. Quand soudain ils débarquent, demandent à tout le monde de se décaler pour qu’ils puissent s’asseoir côte à côte, vous chassant de la place que vous aviez choisi d’occuper. À quel titre considèrent-ils qu’il soit plus normal de déranger huit personnes déjà installées plutôt que d’accepter que deux retardataires se séparent le temps d’une séance pour regarder un film ? Je cherche encore à comprendre.