Le Skiff Pub à Aix-les-Bains
Simplement parce que je le peux, parce que j’en ai le temps et parce que j’estime que certains le méritent, j’ai décidé de parler de bouffe et des lieux où je l’ai ingurgité, quand j’en ai quelque chose à dire. Je sais, c’est pas passionnant pour mon auditoire international, mais ce n’est pas non plus pour inciter mes compatriotes à visiter les mêmes lieux que moi que j’en parle. Je veux juste pouvoir écrire ce que je n’ai parfois pas osé dire. Je suis pointilleux, et j’ai ramené d’Amérique du Nord l’habitude d’un service à la clientèle réactif et à l’écoute, notions que nos restaurants ont galvaudées et qui n’existent aujourd’hui plus qu’à l’état de traces bien trop souvent.
Premier restaurant à baptiser cette nouvelle rubrique, le Skiff Pub à Aix-les-Bains. Situé au bord du Lac du Bourget, il offre une vaste terrasse à l’ombre de platanes bien taillés. Après une petite marche du petit port au grand port, c’est l’estomac tiraillant que nous nous sommes approchés du Skiff, certains d’y trouver satisfaction.
Première surprise, le restaurant est spécialisé dans les fruits de mer. Certes, le skiff est un bateau. Mais pas un bateau de pêche par contre. Le “Bisquine Pub” aurait mieux convenu, sauf qu’on est aussi loin de la Manche qu’on peut l’être d’aucun océan. Alors, faut pas me prendre pour un touriste, à côté du restaurant c’est un lac ! Le plus grand de France peut-être, mais c’est rien qu’un lac. Donc, les fruits de mer ont traversé la France pour venir jusque-là. Mais je peux vivre avec, d’ordinaire j’achète mon poisson dans des supermarchés et ce poisson vient d’encore plus loin. Donc si ce restaurant est spécialisé en quelque chose, géographiquement parlant, il n’est pas spécialisé en produit de première fraîcheur. J’avais donc décidé de faire l’impasse sur les fruits de mer, trop coûteux par ailleurs bien souvent. Et pour m’aider encore dans ma décision, dès mon arrivée, la vue de leur écailler en train de fumer une clope au-dessus des huîtres et autres crustacés m’a rassuré sur tout le bon sens que revêtait mon choix. Ce n’est ni hygiénique (d’autant qu’il fumait dans un endroit presque clos), ni particulièrement invitant vous l’admettrez sans peine.
Je ne suis pas allé voir dans les cuisines, j’espère que c’était mieux. Installés sur la terrasse à 14h00, à l’ombre de la platanaie, je me décidais rapidement pour un une entrecôte maître d’hôtel saignante, quant à ma mère c’est vers une salade bergère qu’elle porta son choix. Rien de compliqué. Et pourtant… L’entrecôte (appétissante) arriva en même temps que la salade (délicieuse à regarder). Très vite j’ai réalisé que la cuisson était plus proche du cru tendance bleu que du saignant. J’en avertis le serveur, pensant qu’il n’y aurait pas de problème à ce qu’on m’apporte ce que j’avais somme toute commandé. Mais là c’était la fin de son service et visiblement il était un peu sur les nerfs. Ou alors il est tout le temps comme ça, je l’ignore. Toujours est-il que sa première réaction fut la suivante :
Moi : excusez-moi, je pense qu’il y a eu un malentendu, j’avais demandé une entrecôte saignante et elle est bleue.
Lui : Ha non ! Vous l’avez demandé bleue je m’en souviens trèèèèès bien.
Moi : (oulà il me gonfle déjà lui) Humm… Non. Je mange toujours ma viande saignante, je vous l’ai commandé saignante.
Lui : Bon (ramassant l’assiette en soupirant), je vais voir ce que je peux faire maintenant (que vous avez changé d’avis).
Moi : Merci.
Ma mère : tu exagères…
Moi : Pardon ?
Ma mère : ça ne se fait pas.
Moi : Qu’est-ce qui ne se fait pas ? D’apporter quelque chose que je n’ai pas commandé, de me le faire manger puis payer, ou de faire de l’adage “le client a toujours raison” un principe commercial réservé à d’autres continents ?
Le serveur : (revenant) excusez moi, vous aviez raison, j’ai vérifié sur ma commande, ils se sont trompés en cuisine. Je vous rapporte votre assiette bientôt.
Moi : (me tournant vers ma mère, triomphant) Le pire ce n’est pas tant que j’ai eu raison ou pas, parce que finalement c’est ce que je souhaite, ce pour quoi je suis prêt à payer, ce qui me satisfera, et c’est uniquement cela qui devrait les intéresser.
Malheureusement, c’est rarement le cas, et comme “le français” aime bien avoir raison, au lieu de satisfaire à la demande d’un client, qu’elle ait changé ou que l’un des deux se trompe d’ailleurs, il s’obstine et argumente lonnnngtemps. Je le sais, je suis français.
La suite du repas fût moins mouvementée, nous étions silencieusement plongés dans nos assiettes respectives, moi me battant avec une viande un tantinet trop tendineuse, ma mère mangeant sa salade avec les doigts, comme à son habitude. Ce n’est qu’au moment de régler l’addition qu’on nous fit presque changer d’avis sur la qualité générale de ce restaurant. On dut attendre tellement longtemps que nous étions prêts à partir sans payer. Et pour cause, notre serveur avait réellement terminé son service et était rentré chez lui. On ne nous le dit pas tout de suite, c’eut été dommage de laisser partir si vite un client satisfait… Alors, on nous fit poireauter quelques minutes de plus, l’occasion pour ma mère de commander un second café (qui arriva très vite lui…), ce qui est un compliment notable sachant à quel point elle peut être difficile dès qu’il s’agit de cette boisson que je considère comme puante. À force d’insister, au risque de passer pour des clients difficiles, une serveuse réalisa tout à coup l’absence réelle de son collègue et elle finit par s’occuper de nous… Bref, c’est vers 15h15 qu’on put enfin quitter notre table, allégés de 30 € ce qui n’a rien de scandaleux, excepté les 19,5% de service inclus dans la facture qui n’en méritait pas le quart.