Pas tout a fait nu, puisqu’avec Tunick
La culture s’expose dans les endroits les plus incongrus. Moi elle m’a frappée chez mon garagiste, en allant faire changer un joint de cardan. Sur la table, Figaro Magazine, un truc que je n’achèterais jamais, mais bon, il était là et je n’avais rien de mieux à faire que de le feuilleter. Sur une page quelconque, en tout petit dans une colonne, la mention d’un évènement à Lyon : Spencer Tunick ! J’avais déjà raté une invitation à Montréal en 2001, mais là j’étais décidé à me rendre jusqu’à Lyon pour « en être ».
Le rendez-vous était fixé à 4h30. Je sors de la voiture et je croise un autre automobiliste visiblement angoissé de cette explosion de nudité qui l’attend :
Heuuu.. Vous savez où on va pouvoir planquer nos clefs de voiture ?
Je l’ai rassuré sur le fait que nos affaires allaient être surveillées par des volontaires, j’ai marché plus loin puis j’ai explosé de rire en imaginant la scène que cet automobiliste avait dû se repasser en boucle. Je ne détaille pas, vous pouvez le faire tout seul. Pour la suite de la séance photo c’était classique. Bon, je suis pas un pro, mais généralement il faut de la lumière pour faire de bonnes photos, non ? Ben ouais, c’est ce que je pensais aussi. Et la lumière est arrivée à 7h30 seulement. Pendant ce temps, ça n’a gêné ni Tunick ni les organisateurs qu’on se gèle sur place. Pourtant, ça fait des semaines qu’on sait à quelle heure va se lever le soleil !
Je passe les détails des installations, je vous laisse regarder France 3 sur internet pour des images de nos corps en action, bande de voyeurs…
Au final c’était bien plaisant, bien moins glauque que les mauvais esprits s’en émeuvent, il y avait des quelques jeunes adultes (ados ?) et même une vieille femme qui marchait avec un déambulateur. Bref, tout le monde. C’était assez bizarre de se mettre nu sur commande, au milieu d’inconnu(e)s, et pour ceux qui ne l’ont jamais fait, imaginez lors de votre prochain trajet en autobus que le chauffeur au prochain arrêt va prendre son micro et crier : « tout le monde à poil ». Ça ressemblait à cela (sans le grossier appel au micro). Pleins de gens qu’on pourrait croiser dans la rue, de tous âges et d’une couleur : le rose. Il y avait UN seul noir, vous verrez, il est facile à repérer sur les photos.
Il n’y a qu’un truc que j’ai détesté, ce sont les traducteurs. Pour commencer, ils ne savaient pas traduire l’anglais. Ils n’avaient aucun sens de l’orientation dans l’espace, et quand que les instructions de Tunick étaient parfois peu claires, leurs explications étaient encore pires. Il y avait une femme notamment, qui a crié de telles inepties dans le mégaphone que je suis allé m’en plaindre à un autre organisateur. Des exemples ? Alors qu’on était au milieu de conteneurs :
Tunick : Walk towards me (Marchez vers moi)
La cruche : Marchez dans l’autre sens
…
Tunick : Face the container in front of you. (Faites face au conteneur devant vous)
La cruche : tournez-vous vers les conteneurs rouge et bleu.
Il va sans dire qu’il y avait des containers rouge et bleu partout, des gens nus, des photographes, des bénévoles, plein de rayons de soleil rasant les docks… Mais une seule cruche par contre.