Choisir entre confort et plaisir ?
Alors qu’il y a seulement quelques mois de cela j’avais du mal à obtenir le moindre rendez-vous pour une embauche, épluchant le journal des petites annonces et me positionnant dans des emplois largement en deçà de mes capacités réelles ou de mon niveau d’étude, tout cela dans le simple but de survivre, de manger et d’avoir un toit, la vie m’offre aujourd’hui un choix cornélien.
Je sais par expérience qu’il est très difficile de sortir d’une situation sans emploi quand on n’a ni le profil en vogue, ni l’âge d’un bachelier, ni un parcours universitaire très constructif. D’ailleurs, curieusement, si je n’avais pas fait toutes ces études, certains employeurs m’ont confié qu’ils m’auraient embauché, mais que compte tenu du salaire que j’étais en droit d’attendre, ils ne pouvaient s’engager. La belle excuse. À l’époque, je cherchais à survivre. Je ne cherchais pas à m’épanouir, mais, comme bien d’autres personnes, à trouver ma place dans notre société, à m’y sentir utile.
Cette longue et pénible expérience a marqué de façon indélébile la manière de laquelle je suis sensible aux problèmes de notre société. À cet égard, j’ai de plus en plus de mal à me faire aux différents discours des syndicats que je tiens pour responsables de la plupart des inégalités et injustices salariales sur lesquelles on ne peut plus revenir aujourd’hui au nom « d’acquis sociaux »… mais je m’égare.
Alors qu’on vient de me proposer lundi un emploi à durée indéterminée (pour lequel je n’ai encore rien signé), d’anciens contacts viennent me susurrer d’envoûtantes propositions. Dans le meilleur des mondes, je n’aurais pas à choisir, mais notre monde n’est pas le meilleur qui soit. Et je dois aujourd’hui décider entre un emploi stable, intéressant et diversifié, dans le domaine de l’immobilier et de la sécurité, qui débute à un échelon peu élevé, avec un salaire qui n’est pas à la hauteur de mes attentes salariales, mais me laissant matière et manière à une progression, ou un emploi dans le secteur de l’informatique et du service qui me passionne, à un salaire misérable, sans réelle perspective de carrière, sans pérennité d’emploi, au sein d’une entreprise qui ne pourra jamais m’offrir la moindre formation qualifiante supplémentaire.
Certaines personnes plus matérialistes que moi feront le choix évident du premier emploi. Certaines personnes plus impulsives que moi feront le choix évident du deuxième emploi. Mais je ne suis dans l’absolu ni l’un ni l’autre. Entre le principe de réalité et le principe de plaisir, mon coeur a du mal à trancher. Suis-je un adulte prêt à assumer une vie d’adulte avec ce qu’elle implique : vie sentimentale constructive, avec mariage, naissance(s), placement dans l’immobilier, économies… Ou suis-je encore attaché au côté imprévisible de certaines de mes décisions, changeant d’avis au gré de mes pulsions, faisant une confiance aveugle à mon intuition et acceptant les conséquences qui en découlent, dussent-elles avoir un impact non négligeable sur mon confort ?
Un peu de l’un et un peu de l’autre. L’insouciance de ma vie d’étudiant mâtinée par l’envie d’assurer mes arrières. Je ne peux aujourd’hui ni assurer mon plaisir, ni trouver du plaisir dans mon assurance. La vie use méthodiquement mes idéaux, je vais devoir changer mes rapports avec la vie.
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