De fil en aiguille
Pour une fois que je terminais un tournoi relativement tôt et que je pouvais profiter du soleil… j’ai décidé que c’était le moment idéal pour m’enfermer dans ma voiture où il était grand temps que je procède à un petit nettoyage de printemps, ce qui n’arrive pas chaque printemps sur ce véhicule. Petit coup d’aspirateur, petit coup de pchit pchit puis chiffon attrape poussière, etc. Bref, je tentais par tous les moyens mis à ma disposition de donner un aspect plus réjouissant à ma bien vieille « pijo » 205 sociétaire… Au départ, ce n’est déjà pas le genre de voiture à affoler les filles, mais au moins quand elle sent bon, qu’il n’y a pas de miettes ni de papier partout, qu’il n’y a pas de poussière et qu’on voit au travers des vitres, on ne peut pas se trouver une excuse pour ne pas y monter.
J’ai dû régler un petit détail esthétique sur le siège conducteur et vous pourrez apprécier ci-dessous le résultat de mes efforts. Et je vous assure que c’est la même voiture.
La semaine passée, en rentrant du travail, je remarquais une vieille femme en train de marcher le long de la route qui descend en ville. Une route dangereuse pour les piétons tout autant que pour les voitures. Il n’y a pas de trottoirs, pas de bas côté, pas de ligne médiane tracée au sol, et pas de lumière le soir. Pour ne rien arranger, c’est une belle ligne presque droite avec une belle inclinaison, limitée à 50 km/h, ce que peu de conducteurs semblent remarquer/respecter. Bref, il y avait cette vieille femme et je me suis inquiété de son sort. Je me suis arrêté à sa hauteur, j’ai baissé la vitre passager, et je lui ai offert de la descendre en ville. Elle a bien regardé le siège que je lui proposais, m’a dévisagé avec attention, a rejeté un coup d’oeil à l’arrière du véhicule, a reposé ses yeux sur mon tableau de bord, pour finalement me dire :
Elle : Vous travaillez dans la clinique là-haut ?
Moi : Oui
Elle : Bon, je veux bien, mais vous savez je fais attention, il ne faut pas monter avec n’importe qui.
Je ne sais pas quel fantasme improbable de viol elle nourrit, ni quelle crainte irrationnelle elle pourrait avoir, car je n’ai jamais entendu parler d’enlèvements de septuagénaire sur le bord de la route ces cinquantes dernières années. À moins que nous ne lisions pas les mêmes magazines. Morale de l’histoire, essayez d’être humain et généreux et on vous prêtera d’abord les plus mauvaises intentions du monde. Morale de cette morale, je n’ai pas une tête de violeur de septuagénaire.