Notre enseignement a bien changé…
Pendant ma jeunesse tumultueuse, j’ai appris sur le tas à argumenter sur tout, y compris sur des opinions que je ne partageais pas. Cela m’a valu de la part de ma mère qui faisait souvent les frais de mes joutes verbales l’appellation gracieuse d’enculeur de mouche.
L’argumentation était une discipline scolaire à part entière qui était enseignée à une époque que je n’ai pas connue dans toutes les écoles de France, au même titre que le latin et d’autres tortures linguistiques, sous le nom de réthorique. Aujourd’hui quand on s’y adonne sans avertir son auditoire, on passe au mieux pour un diptèrophile et au pire pour un emmerdeur. J’ai le sentiment que les plaisirs de l’esprit se limitent a des consommations de produits culturels, et que nous n’avons généralement plus de moyens d’exercer notre esprit critique, à part dans le discours syndicaliste, mais avec une réthorique aussi pesante qu’inefficace.
Heureusement il y a un peu de fraicheur dans vos salles de cinéma. Si ce n’est pas fait, allez donc jeter un coup d’oeil à Thank You for Smoking. C’est l’histoire d’un homme jovial, dont le travail consiste à convaincre les gens de fumer, alors même que tout le monde est déjà assuré des méfaits du tabac. C’est une leçon de réthorique appliquée à un sujet difficile, qui montre que la parole est une arme pour qui sait la manier.
Et pour me faire aimer un film qui traite essentiellement de tabac (sur ce blog non fumeur je le rappelle à toutes fins utiles), il en fallait du talent.