Ce con m’a mordu !
Mardi soir, après avoir travaillé toute la soirée avec quelques autres étudiants, je suis retourné chez moi, empruntant un des derniers tramways de la soirée. J’arrive devant la porte du hall d’entrée, je sors mon petit transpondeur pour ouvrir cette porte, je remarque au travers des vitres une voisine en train de charger l’ascenseur avec des bagages. Elle revient sans doute de vacances, me dis-je machinalement. J’ouvre la porte, son petit chien approche et un autre chien que je ne connais pas vient me renifler. Arrivé à deux mètres de moi, ce con de clébard se met à aboyer comme un fou. Inutile que je rappelle au chien qu’il est près de minuit et qu’à cette heure-là, à n’en pas douter, les voisins ne vont pas apprécier ses vocalises.
Sans doute surpris par cet élan de panique soudain, le petit chien me saute sur la jambe et me mord ! Un instant étonné je regarde ce qui se passe sur ma jambe où je sens nettement la chaleur d’un animal. Ce petit cleb n’a toujours pas lâché prise et grogne même en resserrant sa mâchoire sur mes jeans. Comme il est tout petit, il a mordu le plus haut qu’il a pu en sautant, atteignant la partie assez peu charnue au niveau de mon genou gauche. Il finit par lâcher prise et sa maîtresse approche pour le calmer. Je me tiens le genou et je la regarde interloqué. Elle s’excuse et me demande si tout va bien. Je lui rappelle à toute fin utile que son chien m’a mordu, ce qui exclue d’office la réponse polie qu’on prononce machinalement après ce genre de question.
Elle se redresse et m’affirme :
Ben non, c’est pas possible, mon chien ne mord pas !
Un peu sonné par la valeur sans appel d’un tel jugement, j’hésite à lui préciser que pourtant mon genou lui apporte la preuve du contraire. Elle a l’air si sûre d’elle… Mais je ne suis pas un diplomate, je ne ménage pas les sensibilités des gens qui me marchent sur les pieds et feignent de l’ignorer.
Je remonte mes jeans et lui montre les traces très distinctes des dents de son chien. Je lui propre de comparer avec la dentition de son animal pour lever le doute des fois que je lui mette sur le dos une morsure faite par un crocodile plusieurs jours plus tôt. Elle ne relève pas mon sarcasme, elle observe son chien et ne cesse de répéter :
Elle : Mais je ne comprends pas, il ne mord jamais.
Moi : Ne dites pas ça, car ça vient d’arriver.
Elle : Mais ce chien ne mord jamais.
Moi : Vous voulez que je vous remontre les traces ?
Le petit jeu dura un moment jusqu’à ce que je puisse enfin monter chez moi, agacé par la conduite du clébard et de sa maîtresse. Aujourd’hui je réalise qu’il y a un tout un attirail juridique à disposition des victimes de morsures de chien. Ma blessure n’est pas super jolie, je pense que je vais aller voir un médecin à tout hasard. Je risque aussi d’aller mettre le doigt dans un engrenage juridique…