La MOA doit devancer les propositions techniques
La Maîtrise d’Ouvrage (MOA), réclamant une construction nouvelle, doit maîtriser avant la commande les solutions techniques que les équipes de Maîtrise d’Oeuvre (MO ou MOE) vont lui soumettre. Il ne s’agit pas pour elle d’être en meilleure mesure d’analyser les offres qui lui sont soumises, elle a généralement mobilisé pour cela une équipe complète de “non-sachants” en matière d’architecture qui pèse lourd dans le choix final. C’est souvent le prix qui limite les solutions techniques, et celles proposées restent rarement révolutionnaires compte tenu des budgets constructifs généralement consentis pour les bâtiments de bureaux ou d’habitations. Non, si elle doit le faire, c’est que c’est aussi son rôle.
Il ne s’agit pas de partir du postulat que l’outil créé la fonction et d’enchainer rapidement en suivant un précepte philosophique déterministe que : sans connaître l’éventail des possibilités offertes on ne peut définir une commande qui satisfasse les besoins de l’entité qui sollicite l’offre. Il serait un peu fou de penser que les MOA ne savent pas ce qu’ils souhaitent, et que les MO, en particulier les architectes, sont les seuls à même de bien définir un concept bien léché qui fera l’affaire des uns et le bonheur des autres. Non ce serait un peu fou, et bien que certains de mes voisins sur cette planète versent dans ce genre de folie, je ne peux les y suivre.
Clarifions les choses : le MOA est tout à fait en mesure de définir avec précision ce qu’il souhaite. Son programme est d’ailleurs souvent très fonctionnel. Bien entendu, certains en sont incapables, mais j’aime à croire qu’ils sont minoritaires. Mais avançons. Si j’estime que les MOA doivent maîtriser les nouvelles technologies à leur disposition, c’est justement pour s’abstraire des poncifs constructifs traditionnels et demander des choses à priori impossibles. L’idée n’est pas d’aller jouer dans la cour créatrice des architectes, ces derniers restent seuls maîtres de cet aspect (en tout cas pour l’instant). Mais, pour ne pas que l’architecture passe pour un art délirant, il faut que la MOA s’apprivoise son mode de pensée.
Au chapitre des petites révolutions à intégrer, sans que ce soit exhaustif en aucune manière, je peux noter l’utilisation de brique en béton… transparente. Tel le LiTraCon déjà évoqué. Mais on peut aussi penser aux multiples usages que nous promettent les aérogels, certains déjà commercialisés sous la forme de verre dépoli aussi isolant qu’un mur traditionnel, ou dans de multiples autres usages déjà en production. Il y a aussi ces surfaces appelées SmartWrapâ„¢ épaisses comme une bouteille en plastique, isolantes, dans lesquelles sont insérées des milliers de leds et qui permettent ainsi de changer l’apparence d’une facade sans avoir besoin de la repeindre. Cela ne s’arrête pas là …
La MOA doit envisager des usages qu’elle ne peut aujourd’hui constater, se créer des rêves afin d’espérer qu’ils soient un jour exaucés, s’injecter dans les veines quelques doses de folie créatrice. Bien entendu, ce genre de drogue n’est pas distribué gracieusement, et il faut accepter d’analyser à long terme tous les coûts que recèlent ces nouveautés, domaine dans lequel les données manquent d’ordinaire cruellement. Mais c’est en s’informant sur ces nouveautés, et surtout en partageant ses propres connaissances afin de capitaliser sur les acquis de chacun, que la MOA pourra être mieux armée pour adopter toute nouveauté. Ce n’est pas qu’une question de temps, cela relève aussi d’une volonté de changer l’ordinaire. Cela commence avant tout par une veille technologie active, et ce n’est pas réservé uniquement “aux autres”.