Dans les culottes de ma mère
Ma mère était hospitalisée dernièrement, je vous passe les détails du pourquoi et du comment, mais il fallait que j’aille lui acheter des sous-vêtements. Bon, je suis un homme, je n’emprunte pas de vêtements à ma mère, je n’ai aucune espèce d’idée de sa taille, c’est pourquoi j’ai quand même vérifié ses mensurations avant d’aller faire les soldes…
Et bien vous me croirez ou pas, mais c’est une expérience assez insolite que d’aller acheter des vêtements pour sa mère. Pour moi c’était en tout cas une première. Pendant des années (de ma jeunesse) ma mère a décidé de ce que j’allais porter, et on m’a offert sur un plateau la chance de me venger de ces pantalons moches que j’ai dû porter, de ces vestes en peau de chèvre, de ces grosses pièces collées aux genoux, des mariages de couleurs agressant les yeux, de ces pulls qui piquaient, de ces cols de chemise des années 70, des gros motifs à fleurs criards, et de touts ces autres humiliations pour lesquelles mes parents ont jugé utile de garder des témoignages photographiques qui sont exhibés à mon sens juste pour m’humilier une nouvelle fois de leur fierté à me voir porter ce qu’eux n’osaient eux-mêmes s’acheter…
J’ai quand même résisté, mais si j’ai pu songer autrefois à acheter des sous-vêtements à mes petites copines, on ne regarde pas le rayon de la même façon lorsque c’est pour sa propre mère qu’on fait la dépense. Et je ne parle pas d’argent ici. Il y a des choses que je ne peux pas imaginer qu’elle mette, et j’ai erré pas mal de temps seul au milieu de ce rayon, sous le regard intrigué des autres femmes qui me voyaient toucher le tissu, tester la résistance des élastique, imaginer le confort ou l’inconfort, sélectionner quelques articles pour les reposer finalement lorsque je me rendais compte qu’une bande plus fine qu’une ficelle était prévue pour rentrer entre les fesses et maintenir le tout en place. Non, ma mère ne peut pas porter ça à 74 ans !