D’aimer à amer, un récit de racine en racine
Pendant des années mes parents m’ont laissé étudier dans des domaines très variés, à des kilomètres de tout débouché professionnel concret : sociologie, puis une maitrise d’ethnologie, puis une autre en muséologie… Et puis un jour j’ai eu une illumination. Et si tous les efforts que je déployais à affiner mes connaissances dans le domaine du patrimoine n’avaient pas justement un lien à voir avec un besoin d’en savoir davantage sur mes propres origines ? Enfant adopté, il était normal qu’un jour ou l’autre je me pose la question, et il est même surprenant qu’elle n’ait jamais surgit avant. Du jour où j’ai réalisé cela, j’ai fondamentalement changé mon champ d’études pour me tourner non plus vers la connaissance du patrimoine, mais vers sa création.
Pendant toutes ces années mes parents m’ont soutenu dans mes études, à la fois financièrement mais aussi intellectuellement, ne remettant jamais en question le bien fondé de mon orientation. Il y avait après tout un fil conducteur qu’ils avaient possiblement remarqué avant moi.
Alors que je change de carrière, de dynamique, de questionnement, c’est le moment précis qu’a choisit ma mère pour faire de moi un orphelin. Cela fait tout juste trois heures.
Je connais certaines de mes racines, mais je viens de perdre le substrat qui les nourrissait.
Sauf dans le cas fréquent, hélas !
Où ce sont de vrais dégueulasses,
On ne devrait perdre jamais
Ses père et mère, bien sûr, mais
A moins d’être un petit malin
Qui meurt avant d’être orphelin,
Ou un infortuné bâtard,
Ça nous pend au nez tôt ou tard. (Brassens – l’Orphelin)