Visite à la MC2

Après une vingtaine de jours passés dans les cartons à préparer un déménagement suite au décès de ma mère, j’avais un grand besoin de me changer les idées et la présence de dale tout à fait fortuite à Grenoble m’en a donné l’occasion.
Avec deux places déposées gracieusement à mon attention à la MC2 pour le spectacle sur lequel il travaille, j’ai assisté à la pièce : Le Dragon Bleu (avec toutes les majuscules, il semblerait). Cela faisait des années que je n’avais pas mis les pieds au théâtre, sans doute depuis que j’avais été obligé d’assister à l’École des femmes en première. J’en gardais le souvenir d’un truc pompeux, avec des tournures moliéresques tout à fait décalées dans l’oreille du jeune de 17 ans que j’étais alors. Dans mon souvenir, les spectacles étaient gratuits puisque financés par l’école. Et puis il y a eu cette représentation… En vrai touriste, on a débarqué sur place en retard (une vilaine histoire de pizza trop chaude et de clef perdue dont vous ne voulez pas entendre les détails), la représentation avait commencé depuis 10 minutes et on nous a quand même laissé rentrer, ce qui était sympa étant donné que c’était marqué à peu près partout qu’on ne pouvait pas le faire. On s’est installé sur le bord pour ne gêner personne et on a essayé de comprendre ce qu’on avait raté.
L’histoire est très simple. Sans vendre le punch, je dirais que c’est celle d’un homme expatrié en Chine qui héberge pour une nuit une amie qui fût sa femme, ceci sans avouer à son actuelle compagne ni à son ex-femme les relations qu’il entretient ou a entretenues avec l’une et l’autre. L’histoire tourne autour du milieu de l’art, des procédures d’adoption, de la difficulté de tirer un trait sur ses idéaux, du gout pour l’aventure et les aventures. Bref les ingrédients classiques d’une comédie de mÅ“urs. Mais la comparaison s’arrête là .
La scénographie est tout simplement fabuleuse. Bien plus que l’histoire, en tout cas dans la version du spectacle que j’ai pu voir qui semble changer à chaque représentation, c’est la scénographie qui épate. On dirait une bédé. La scène est coupée en deux niveaux horizontaux, et en plusieurs grilles verticales et forme une trame de 8 cases dans mon souvenir. Le spectacle est trilingue et les sous-titres sont projetés sur la scène dans une police de caractère qui n’est pas sans rappeler BB Lint McCree chère aux bédéphiles. Au premier plan, pour les besoins de l’histoire, des miniatures défilent comme sur certains dessins animés pour assurer les transitions. L’éclairage, le traitement du son omniprésent (surround), la musique, les projections vidéos qui arrivent de devant, de derrière, rajoutent à l’histoire ce que le jeu des acteurs (du reste excellent de naturel) ne pourrait seul suffire pour animer la scène. Certes, tout n’était pas parfait. Il y a eu quelques couacs techniques et on sentait un peu trop les transitions (quand on n’entendait pas tout simplement les déménagements), et dans l’ensemble j’ai passé un excellent moment. Derrière moi, deux gamines s’agitaient sur leurs sièges, l’une reprochant à l’autre le choix du spectacle, et j’ai compris la profondeur de leur dépit quand l’une d’elles a sorti son téléphone pour rédiger un SMS pendant la représentation. J’arrivais à distinguer les doigts qui pianotaient furieusement sur les touches malgré la musique…
À la fin du show, au troisième rappel, quand les techniciens sont aussi montés sur scène, j’ai réalisé qu’il fallait bien plus de staff que je ne l’imaginais pour faire tourner un tel spectacle. Trois acteurs, et une équipe d’une quinzaine de personnes derrière le rideau. Sans compter la régie. J’ai compris à ce moment-là que des 20 euros du plein tarif que j’aurais dû débourser, après la location de la salle, il ne restait plus grand-chose à partager entre tous ces gens. Sans compter qu’il n’y a eu que trois représentations à Grenoble, dont une annulée. C’est sans doute ce que Robert Lepage a voulu m’expliquer en m’adressant personnellement une réflexion gauche et je présume volontairement indélicate en rapport avec un commentaire laissé sur le site de dale. Sa remarque m’a touché, sans doute parce qu’il n’avait pas tort sur le fond, et que sur la forme je dois avoir besoin de plus de renforcement positif qu’il ne m’en a offert (une subtilité qui n’est pas l’apanage de tout le monde)
Après le spectacle, nous avons accompagné l’équipe qui est allée manger en ville. Autour d’une table, j’ai pu faire plus ample connaissance avec Tai Wei Foo, l’adorable et curieuse actrice/danseuse. C’était un moment très agréable pour terminer la soirée. Et puis cela m’a permis de découvrir les quelques restaurants qui servent encore des repas après minuit. Depuis, quelqu’un de bon conseil m’a parlé de la cafétéria du MIN qui ouvre dès 1h00 du matin. Un bon plan pour la prochaine fois…








